Charlotte Lanselle et Alessio Orru’, portrait(s) d’artistes

Publié le 08/04/2011

0


Charlotte Lanselle et Alessio Orru’ se sont rencontrés à Rome, il y a plus de dix ans. Tout deux artistes plasticiens, ils ont depuis suivi le même parcours géographique, de l’Italie jusque Lille. Complices, l’un ne travaille pas sans l’appui de l’autre, même si chacun garde son propre univers.

Lui a 35 ans, est né en Sardaigne, et aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours eu une certaine fibre artistique. « Je n’ai pas d’explication sérieuse à mon goût pour l’art. C’est depuis tout petit. De 14 à 18 ans, j’ai préparé un bac artistique. Je devais faire 40 kilomètres aller et 40 kilomètres retour chaque jour pour étudier la sculpture sur bois et le dessin. C’était une façon de me démarquer » tente-t-il d’expliquer, ajoutant : « J’étais fasciné par le monde artistique, les personnages pas clairs, bizarres, et la possibilité de voyager. Ma famille ne comprenait pas pourquoi. Et moi non plus ! ». Son bac en poche, Alessio’ part à Rome à l’aventure, est barman le soir, artiste le jour. « Travailler dans un bar, c’est la meilleure façon d’appréhender une ville, de comprendre les gens qui la font. J’ai travaillé comme serveur dans un théâtre prestigieux, c’était superbe, de pouvoir observer le monde de la scène ».

Elle a 32 ans, est originaire du Nord Pas-de-Calais. « J’ai toujours été attirée par la matière et la création, se souvient-elle. Vers 12/13 ans je suis tombée sur un livre présentant le travail de Niki de St Phalle… elle tirait à la carabine sur ses compositions blanches dans lesquelles elle avait caché des poches de couleurs. L’impact faisait dégouliner la peinture. C’était ma première révolution artistique ! ». Sensibilisée à l’art contemporain au lycée par un professeur, Charlotte fait quelques mois en prépa Sciences po, et part à Rome en volontariat européen, travailler dans le domaine social. C’est là que sa vocation artistique lui apparaît, et après un DEUG en arts plastiques à Lille 3, elle y retourne pour étudier la scénographie. Alessio commence alors à exposer, chez un coiffeur, dans une galerie. C’est à cette époque qu’ils se rencontrent, en 2001.

De Rome à Valence, avant le Nord

Son parcours à Rome terminé, Charlotte compte bien poursuivre par une formation académique, et lorgne vers les Beaux-Arts, l’Espagne, et Valence. Alessio l’accompagne. Ils y restent cinq ans. « On avait notre petit atelier, dans une petite maison espagnole, la seule restante de la rue, au milieu des immeubles. C’était formidable » se remémore-t-il. Alessio y étudie la microfusion, la fonderie et travaille la sculpture sur pierre. Charlotte fait les Beaux-Arts, et un master en espace public. Les études de Charlotte terminées, ils leur faut quitter leur atelier. Et avec la crise, la vie d’artiste en Espagne devient difficile. Elle souhaite rentrer dans le Nord, lui la suivre et découvrir sa terre natale. Ils quittent donc Valence pour Cassel, en 2008. « Je suis son éternel souvenir de voyage » s’amuse-t-il, lui qui ne parlait pas plus français en arrivant dans le Nord qu’espagnol en s’installant à Valence. « En France, il y a beaucoup plus de possibilités pour l’art contemporain. On avait une superbe installation pour travailler. Mais sans luminosité, et ce premier hiver, ce froid, terrible ! » frissonne encore Alessio, pas mécontent d’avoir quitté la campagne pour s’installer à Lille, à l’hiver 2008/2009.

Le travail en complémentarité

Les choses s’accélèrent alors, avec Des-équilibres, première exposition lilloise pour Charlotte, à l’atelier-galerie bleu. « Ce qui est beau chez Charlotte, c’est qu’elle travaille toujours sur l’espace environnant » affirme Alessio. Preuve en est l’espace hermétique, inauguré lors de cette exposition, né de l’enroulement de plastique autour d’une chaise, et transformé en lieu de passage. L’œuvre, au « bruit et à la texture si particulière » selon Alessio, a été reprise en améliorée par le couple, pour une exposition en hommage à Peter Klasen, au tri postal, en novembre 2009. Si chacun développe ses projets propres, l’autre est toujours là pour le soutenir. « Chacun porte son projet, et on les développe ensemble » résume Charlotte. Ce fut le cas pour le projet Fil à béton, toujours à l’atelier-galerie bleu, où l’un et l’autre ont encadré les habitants de la cité Clemenceau dans la réalisation d’un bas relief, représentant une fermeture éclair, sur un muret du quartier. « Mon rêve, ça serait de voir la fermeture éclair à la verticale tout le long de la tour Cofidis » avoue Alessio, le bas relief devant être déplacé avant la destruction du quartier. Rien d’étonnant de la part d’un artiste s’étant distingué en dessinant le long des murs intérieurs de sa banque. « Ma mère a toujours voulu que je travaille dans une banque, s’amuse-t-il. Ce métier, ça permet de voir des choses fermées au public. Le passeport de l’art ouvre tous les lieux ». Très porté vers l’observation, Alessio s’inspire énormément des lieux, des scènes, des personnes qu’il observe, se voyant comme un filtre. « Je m’inspire plus de ce qui me vient de l’intérieur, pour travailler le corps, l’espace. Nous sommes complémentaires dans la façon de voir et de réaliser les choses. Lui est plus fort techniquement, je suis plus analytique. Mais notre point commun, c’est de travailler l’expérimental », ajoute Charlotte.

Alessio Orru expose ses œuvres au 28 thiers, à Lille, jusqu’au 10 avril 2011.

Publié dans : culture